Entre l’océan et le désert : mon été 2024 à Marrakech et les États-Unis

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Le soleil tapait dru sur les dalles blanches de la médina, à Marrakech, quand j’ai compris que l’été allait devenir une série d’expériences qui défient le temps et l’espace. J’avais l’air de chercher un chemin, mais en réalité, j’étais juste en train de m’évader — et personne ne peut vraiment m’arrêter quand je me mets dans ce genre d’humeur.

Marrakech, une danse de poussière et de secrets

J’avais atterri là en fin de semaine, accompagnée d’Élise, avec qui on avait lié connaissance l’été précédent à Barcelone. On avait décidé de fuir la routine et d’aller se perdre dans un paysage de jasmin, de souks et de minarets. Marrakech, c’est une ville qui ne dort jamais vraiment, surtout quand tu arrives avec des plans qui n’en sont pas vraiment.

On a loué un vélo , et on s’est laissé porter le long du Jardin Majorelle. J’ai demandé à Élise, d’un air faussement dramatique, si elle savait qu’elle vivait des aventures dignes d’un film hollywoodien. Elle a ri et m’a lancé un regard qui disait : « Arrête de t’imaginer que t’es Indiana Jones. »

Mais c’est exactement ça, l’aventure : elle est faite de moments où tu te dis que tu es dans un film, même si personne ne te regarde. On a mangé des tagines dans des ruelles si étroites qu’on se sentait prisonnières, puis on est ressorties au crépuscule pour danser sur une terrasse où les néons clignotaient comme des étoiles. J’avais l’impression de me tenir à la croisée du monde — entre l’Afrique qui souffle encore son âme ancienne et l’Europe qui se pose des questions.

Du désert à la montagne : le Grand Canyon et un appel du vide

Quelques semaines plus tard, j’étais de l’autre côté de l’Atlantique, dans le sud des États-Unis, avec une amie d’enfance, Camille. On avait prévu un road trip improvisé en Arizona. Le Grand Canyon, c’est ce genre d’endroit qui te fait taire. Même les mots deviennent inutiles face à une telle immensité.

On a marché dans l’ombre des rochers, les pieds en feu, et Camille m’a rappelé qu’on était les mêmes à 15 ans, à courir dans les ruelles de Montréal en se jurant qu’on serait des exploratrices. « On l’est, » ai-je murmuré, en contemplant les strates rouges qui semblaient s’évanouir dans le ciel.

Une nuit, on a campé en bordure de l’escarpement. On s’est rapprochées comme si le silence demandait de se combler avec des souvenirs et des rêves. J’ai raconté à Camille comment, une nuit, à Barcelone, j’avais dansé avec Élise sur la plage et qu’on s’était juré de ne jamais finir dans un lit trop confortable ni une routine trop rassurante. « On y arrive », a-t-elle répondu, en éclatant d’un rire qui se perdait dans le vent.

Un détour par Santa Fe et l’art de se perdre

Entre les canyons et les déserts, j’ai fait une pause inattendue à Santa Fe. C’est là qu’on a croisé un artiste local qui a accepté de nous guider dans ses ruelles, en échange de quelques photos et d’un café. « Le voyage, c’est pas le but, c’est les rencontres, » nous a-t-il dit, avant de disparaître comme s’il sortait d’un tableau de Dali.

J’ai pris le temps de visiter une galerie d’art, pas pour les œuvres, mais pour la lumière — celle qui tombe obliquement sur les murs et transforme chaque angle en une énigme. J’ai pensé à Oliver, qui m’a toujours dit que j’aurais dû suivre un métier plus stable. « T’as le don pour t’évader, mais t’aurais pu t’en servir pour autre chose », me répétait-il.

Et pourtant, ce qui m’habite, c’est justement cette envie de rien faire — sauf fuir les limites. À Santa Fe, j’ai acheté un livre d’un poète inconnu. Je ne le comprends pas encore, mais je le lis à haute voix quand je me sens seule, parce que les mots ont parfois plus de cœur que les silences.

Retour à la case départ : mais est-ce vraiment le retour ?

Quand j’ai atterri à Montréal, les doigts de pied encore endoloris de la marche dans le désert, j’avais l’impression que le ciel québécois m’était étranger. Le froid de l’automne suivrait bientôt, et les murs de la ville commenceraient à me crier « reste ici, reste ici. »

Mais je sais déjà que je ne peux pas. Chaque fois que je regarde une carte, je vois des lignes en pointillé — des routes que je n’ai pas encore suivies. Peut-être que l’été prochain, je finirai en Colombie, ou en Islande. Peut-être que je resterai sur une île, à attendre que le vent ramène les questions.

L’important, c’est de ne jamais fermer la porte à la curiosité. Parce que, finalement, ce n’est pas l’endroit qui compte. C’est le fait de se sentir vivant, même si c’est juste dans un café à Marrakech, à côté d’une inconnue qui parle d’elle comme si elle était une héroïne de légende.

l’été, c’est une fenêtre qui s’ouvre

Il y a des expériences qui se ressentent, mais pas qu’on les raconte. L’été 2024, pour moi, c’était ça : une fenêtre qui s’ouvrait sur des paysages inconnus, des amis qui deviennent des miroirs, et des soirs où l’horizon se confond avec le cœur.

Alors, si tu as l’impression que quelque chose te manque, que ton quotidien est trop lisse, ou que ta vie manque de couleurs, je te le dis comme je le dis à moi-même : vas-y. Même si c’est juste pour un week-end. Même si t’as l’air perdue. Même si personne ne te suit.

L’aventure n’attend que ceux qui osent y croire — et, parfois, ceux qui ne savent même pas pourquoi ils le font. Je te retrouve quelque part, peut-être là où le désert se mêle à l’océan, ou juste là où tu t’imagines libre.

— Victoria Hales, exploratrice et voyageuse – Point Horizon

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