Il y a quelques jours, j’ai lancé une commande à mon assistant vocal pour noter une recette de pâté chinois. Il a répondu « Je n’ai pas compris ». J’ai rigolé, mais j’y pense encore. Comment un logiciel si perfectionné peut manquer un mot si… québécois? C’est là que la question de la sauvegarde de notre langue devient brûlante. L’intelligence artificielle, si elle est capable de traduire le monde, peut-elle aussi apprendre à aimer nos expressions uniques, nos tournures, nos p’tits mots?
L’IA comme conservatoire numérique : Comment elle apprend à parler québécois
L’IA n’est pas qu’un outil pour résumer des articles ou répondre aux clients. Depuis 2026, elle est aussi un gardiennier de mots. Les modèles comme le QuébecBERT ou Charactéria sont entraînés avec des corpus massifs de textes québécois : romans, tweets, discours politiques, même des récits de mamans qui disent à leurs enfants « Mange, là, c’est l’temps ». Ces algorithmes n’apprennent pas juste les règles grammaticales, mais aussi les nuances : quand on dit « Je me fâche pas, je m’emballe » ou qu’on écrit « j’suis » au lieu de je suis.
Mais attention, ce n’est pas une sauvegarde passifiste. Il s’agit plutôt de traduire le québécois dans un langage que l’IA peut comprendre, comme on déchiffre un manuscrit ancien. Et pour ça, des linguistes québécois·ses, souvent associés à des startups ou des universités, font des « fine-tuning » — un peu comme on affinerait un vin. L’objectif? Que l’IA ne se contente pas de reproduire, mais de respecter la vitalité de notre façon de parler.
Quand l’IA sauvegarde les mots dans le quotidien : Un exemple avec WordPress
Je l’ai peut-être mentionné une fois , mais j’ai aidé Victoria Hales à construire un site WordPress l’été dernier à Barcelone. Son projet? Un blog sur la littérature québécoise. Et c’est là qu’on a vu l’IA en action.
Elle utilisait un plugin qui, à chaque fois qu’elle tapait un mot comme « soupe aux lentilles », proposait des variantes « pâtre aux lentilles » ou « pâté aux lentilles » . Pas juste un correcteur orthographique : c’était un gardien des ambivalences québécoises. Un autre plugin suggérait des phrases typiques, comme « On est dans le char, tu veux un pop? » pour un article sur la vie de quartier.
C’est là que l’IA devient pratique : elle permet à des non-québécois·ses de raconter l’ici avec justesse. Et ça, c’est une forme de sauvegarde.
Les limites de l’IA : Quand les mots sont plus que des données
Mais l’IA, c’est aussi un miroir déformant. Hier, j’ai vu un chatbot essayer d’expliquer le charabia québécois à un utilisateur allemand. Il a écrit : « Les Québécois utilisent des mots incompréhensibles comme char, pop, et même p’tit pour dire petite chose. C’est une forme de code secret. » Franchement, ça m’a fait sourire — mais aussi paniquer.
Car l’IA n’apprécie pas la culture, elle l’analyse. Elle peut reproduire un p’tit pain à la perfection, mais ne comprendra jamais le sens d’un p’tit pain offert par une grand-mère à un enfant de 2 ans. La langue québécoise, c’est aussi ça : l’humour, les émotions, les silences entre les mots. Et là, l’IA bute.
De plus, il y a le risque de normalisation. Si un modèle est entraîné sur des textes officiels ou sur des publications anglicisantes, il pourrait assécher notre langage en le forçant à ressembler au français d’Alsace. L’IA est un outil, mais elle ne peut pas remplacer le travail de tous·toutes — écrivain·e·s, profs, parents — pour faire vivre le québécois.
Un défi collectif : L’IA comme pont, pas comme mur
C’est pour ça que les projets récents, comme le Lexique Numérique québécois ou les bases de données collaboratives, sont aussi importants. L’IA ne sauvegarde pas les mots toute seule : elle a besoin de nous pour lui apprendre. Et c’est là que les étudiants en informatique, comme moi, ont un rôle à jouer. Pas comme des « experts », mais comme des curieux·euses prêts·e·s à demander : « Est-ce que ça sonne bien en québécois? »
Par exemple, quand on développe un chatbot pour un site web, on peut l’entraîner avec des dialogues québécois réels, pas juste des phrases de manuel. C’est un peu comme coder avec les mains dans le texte.
Et vous, est-ce que votre québécois parle l’IA?
On me dit souvent que je passe plus de temps à coder que mes parents passent à peindre. Mais peut-être que c’est là que se situe la vraie paternité d’un·e geek : faire en sorte que l’IA comprenne que les mots québécois ne sont pas des bugs, mais des trésors.
Alors, la prochaine fois que vous lirez un article, que vous écrirez une lettre ou même que vous discuterez avec un assistant vocal, demandez-vous : Est-ce que l’IA sait ce qu’est un p’tit pain? Parce que si elle ne le sait pas, il y a peut-être une marge de progression — et c’est peut-être vous, avec un clavier, qui pourriez l’aider à apprendre.
Et si vous avez d’autres mots québécois que l’IA devrait connaître? Laissez-moi les découvrir dans les commentaires.
— Élise Morane, étudiante en informatique – Point Hub
