Le froid matinal mord encore le sol, mais ici, sur mon tapis de yoga, la respiration se fait plus lente, le corps se tend vers le soleil imaginaire qui émerge de l’est. Dans la pénombre de la pièce, la brume d’un bâton de sauge se mêle à l’arôme subtil de la verveine sauvage que j’ai laissée sécher près de la fenêtre. Ce rituel, je le cultive depuis plusieurs hivers — et il m’a appris, lentement, à écouter le murmure des racines sous la glace, à me sentir ancré·e malgré les vents de changement.
Pourquoi la lumière du Nord a son importance
Dans les terres québécoises, la lumière est plus qu’un phénomène cosmique — c’est une force narrative. Le soleil qui s’attarde plus longtemps chaque jour, même de quelques secondes, devient une amie silencieuse. En yoga, nous parlons d’aligner le corps à la lumière, de la laisser guider le souffle. C’est ici que les herbes du Nord entrent en jeu : elles sont comme des alliés discrets, des messagers entre le monde terrestre et nos propres cycles. La verveine, par exemple, ramène à l’équilibre sans effort, tandis que l’échinacée apporte une résistance douce, presque maternelle. Ces plantes, cueillies selon des cycles que je n’ai pas appris à l’école, mais que les anciens semblaient connaître par cœur, forment un arc-en-ciel d’énergies.
Une pratique du matin : le yoga des lueurs
Assis·e sur un coussin, les genoux recouverts d’une étoffe épaisse pour résister au froid, je commence par une séquence simple : le Surya Namaskar, ou salutation au soleil, adapté·e aux saisons glaciales. La flexion est plus douce, les inspirations plus profondes, comme pour capter la lumière qui pénètre la pièce par le carreau. Entre chaque posture, une gorgée de tisane à la racine de guimauve et au thym — une boisson qui réchauffe le thorax et rappelle les soupes de mes hivers d’enfant.
Aller plus loin : les herbes comme gardiennes
Les rituels ne sont pas statiques. Ce printemps, j’ai commencé à cueillir la camomille des marais, que je place dans des vases en terre cuite pour les laisser sécher. Son parfum apaise, mais c’est aussi une plante d’écoute — elle pousse là où l’eau est présente, donc là où la terre garde des souvenirs.
Pour ceux·es qui souhaitent expérimenter, voici une idée simple :
Cueillir de la sauge blanche avant le premier soleil.
En faire brûler un bâton pendant le yoga, en respirant lentement.
Compléter par un tisane de racine de gui : elle ramène l’énergie à l’essentiel, comme une main qui retient.
Ce n’est pas magique, mais c’est concret — des gestes qui rapprochent.
Une note sur les moments oubliés
Il y a des jours où le cœur semble plus léger que la neige. Ceux-là, je les mémorise dans les plis du tapis, dans le silence des brûleurs d’encens. Un soir, Victoria m’a raconté comment elle allait dans les bois pour laisser tomber une goutte d’eau dans un lac, en pensant à quelqu’un·une. Elle n’a pas nommé cette personne, mais j’ai compris. Parfois, les rituels ne sont pas pour soi, mais pour les absents.
Invitation à tenter
Ce soir, quand le ciel s’assombrira plus tôt que ne l’autoriserait la logique, prenez un moment. Allumez une bougie — non pas pour la lumière, mais pour sentir la chaleur dans les paumes. Étirez le cou comme si vous cherchiez l’horizon, et soufflez. Si une tisane vous manque, improvisez : le thym et les glands séchés font des merveilles.
Et si vous vous sentez seul·e, souvenez-vous que quelqu’un d’autre, quelque part, tient aussi son tapis sous un plafond de nuages, en pensant aux lueurs qui reviennent.
Que vos hivers soient doux, vos automnes porteurs de promesses — et vos printemps, des lettres d’amour à la lumière.
Pour en savoir plus sur les rituels hivernaux, lisez Hiver Bien-Être: Techniques Naturopathiques et Pranayama pour Survivre au Froid Québécois avec Sérénité.
— Camille Lavoie, naturopathe – Point Harmonie


