De l’ouvrier à l’éducateur : Comment mon rôle de papa québécois a évolué

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Le lundi matin, j’ai eu l’honneur de cuisiner le même plat trois fois en une heure : un œuf mollet, une omelette, et un œuf brouillé. Theo, notre champion de la diversité culinaire, en exigeait un différent à chaque réveillon. Je vous laisse imaginer la conversation :

« Papa, tu m’as déjà fait l’œuf mollet, tu peux pas me faire l’œuf brouillé maintenant ? »

« Mais c’était il y a cinq minutes, Theo ! »

« C’est pas la même chose… »

Je vous arrête là, parce que c’est là que j’ai réalisé : le XXIe siècle n’est plus l’âge des ouvriers épuisés qui rentrent à la maison après douze heures pour retrouver un dîner froid. C’est l’ère des papas épuisés qui se prennent pour des cuisiniers à quatre pattes. Et ça, c’est juste le début.

Du « gars qui ramène le salaire » au « gars qui ramène le sac à lunch »

Quand j’étais gosse, le papa idéal, c’était le type qui revenait à la maison avec un gros sourire et un chèque de paie. Il y avait les réunions de famille où on lui demandait toujours : « Ah, tu as fait ça toi-même ? » comme si on parlait d’un mur rénové plutôt que d’un enfant. Aujourd’hui, le papa idéal, c’est celui qui sait à quoi ressemble un examen de math 4e secondaire, qui peut expliquer pourquoi le chat vomit à 3h du matin, et qui, par pitié, sait aussi que « le lait » n’est pas une option valide pour un snack.

Éduquer, c’est aussi écouter le silence

L’éducation, c’est devenu un art. Pas celui des murs repeints ou des tapis lavés, non, l’art de savoir quand intervenir et quand fermer sa gueule. Lea, par exemple, refuse de mettre des chaussures en plein été, même sous la pluie. Je pourrais lui réciter les règles de sécurité, mais je me souviens de ce que m’a dit Alexandre, mon pote d’enfance : « T’énerver pour chaque détail, c’est comme nettoyer la même tache de sauce tomate toute la journée. » Alors j’apprends à sourire quand elle marche nue dans les graviers. Et à ne pas lui rappeler que je l’ai vu.

Le rôle du papa québécois moderne, c’est aussi d’être un éducateur dans le sens le plus large : écouter, guider, parfois juste se taire. Par exemple, Theo a un prof qui lui demande souvent : « Qu’est-ce que t’aimerais faire dans la vie ? » Et lui répond : « Je sais pas. Mais je sais que mon papa, il sait tout. » C’est flatterie ou menace ? Je ne sais pas. Mais je me mets à la tâche.

Le bricolage, la cuisine et le reste : Comment les passions deviennent des outils d’éducation

J’ai toujours aimé bricoler. C’était mon exutoire, ma façon de fuir le stress. Maintenant, c’est un prétexte pour apprendre aux enfants à ne pas se couper avec les outils de grand papa. Le dernier projet : une armoire pour Theo. Il m’a regardé avec un mélange de fierté et de frayeur quand j’ai déposé une scie sur la table. « C’est pas dangereux ? » Non, Theo, c’est juste l’éducation par le sang.

Même la cuisine, mon pétrin quotidien, est devenue un laboratoire de patience. Lea déteste les oignons. Moi aussi. Alors on s’est mis d’accord sur une stratégie : je les émince, elle les mange. Et on perd tous les deux. Mais on rigole. Et c’est ce qui compte.

Les défis ? Ils sont en 4D

Balancer travail, famille, et le fait de ne pas se ressembler physiquement à ses enfants est un exercice de précision. Jade, mon épouse, est dentiste. Moi, j’aurais dû me spécialiser en orthodontie du quotidien. « Pourquoi Theo ne sourit jamais ? », me demande-t-elle. « Parce que, mon chéri, quand il sourit, il meurt d’angoisse que je lui dise que j’ai vu la dent encastrée dans le sirop à la fraise. »

La vérité, c’est que les papas d’aujourd’hui sont des hybrides : ils doivent être ouvriers, psychologues, professeurs, et parfois, des magiciens. Victoria, ma sœur, me le dit souvent : « T’es le papa le plus organisé que je connaisse. » Et je lui réponds : « Juste parce que j’ai appris à laisser aller les choses qui ne dépendent pas de moi. Comme le timing des repas. »

Le futur, c’est maintenant

On me répète souvent que le XXIe siècle est l’âge de la parentalité consciente. Je ne sais pas si c’est une époque, une philosophie, ou juste une excuse pour éviter les disputes sur les couleurs des vêtements. Ce que je sais, c’est que mon rôle de papa québécois a évolué. Il ne s’agit plus juste de ramener le salaire, de construire une maison, ou même de savoir qui a gagné le dernier match des Canadiens.

Il s’agit de poser une main sur un épaule quand le monde semble trop grand, de sourire quand Theo dit « papa » en pensant à un plat de pâtes, et de croire que l’éducation, c’est aussi l’art de ne pas trop s’en faire.

Alors, si vous voyez un gars dans la cuisine à 7h du matin, qui essaie de faire des crêpes, qui se demande s’il devrait leur enseigner la géographie ou l’usage des ciseaux, sachez une chose : il ne cuisine pas. Il éduque. Et si vous entendez des rires, des grognements, et parfois une petite voix qui dit « papa, pourquoi tu as laissé la sauce tomate là ? », sachez que c’est le bruit du XXIe siècle.

Le bruit d’un papa québécois en train de se réinventer. Un œuf brouillé à la fois.

— Oliver Hales, papa et bricoleur – Point Héritage

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