Le premier écureuil m’a fixée depuis un tronc vermoulu, les poils hérissés comme s’il savait que je venais de perdre la moitié de mes gants dans les ajoncs. Trois autres l’ont rejoint depuis les branches, leurs petites têtes penchées dans une curiosité qui ressemblait étrangement à de l’humour. Je me suis mise à sourire, parce que c’était exactement ce qui m’était manqué : un moment où la nature ne demandait rien d’autre que d’exister. Si tu marches seul·e en forêt québécoise, voici comment les 10 km de Charlevoix m’ont appris à écouter sans mots.
Le Sentier qui M’a Reconnecté au Sol
Charlevoix n’a pas besoin de panneaux d’info pour capter l’essentiel. Son sentier forestier m’a emmenée à travers des érables centenaires dont les racines émergeaient du sol comme des doigts éplorés. Le sentier est long mais facile à suivre, alternant entre des passages de sable fin et des racines noueuses qui obligeaient à ralentir. J’ai enlevé mes chaussures à mi-parcours — c’était un réflexe, mais aussi un pacte : marcher nu-pieds ici, c’est sentir la forêt comme on ne le fait jamais en ville.
Il y a un endroit où le sentier s’élargit, juste avant que les arbres ne forment une canopée totale. C’est là que je suis tombée sur une amie, l’été dernier à Barcelone. Elle avait insisté pour que l’on teste les mêmes techniques ici — comme s’orienter sans GPS en observant la direction des ombres. C’était une idée folle, mais c’est ce genre de folie-là qu’on n’oublie pas.
Le Silence Qui Vaut Plus Qu’un Mot
Le dixième kilomètre ressemble à une hallucination. Le bruit des oiseaux s’estompe, remplacé par le souffle du vent entre les branches. C’est un silence si total qu’on entend la propre respiration, comme si la forêt retenait son souffle pour mieux te parler. J’ai déballé mon repas sur un rocher plat, et c’est là que les écureuils ont commencé à danser. Ils me suivaient de branche en branche, parfois en me lançant des regards féroces, parfois en s’asseyant sur leurs pattes arrière pour me fixer en silence.
C’est drôle, mais c’était presque une conversation. Je ne savais pas si c’était leur façon de me dire qu’ils étaient contents de me voir, ou qu’ils me jugeaient pour le fait de ne pas avoir apporté de noisettes. Quand j’ai fini mon repas, un des écureuils a sauté sur le rocher et a tapoté mes mains. Je n’ai pas bougé. Il y a des moments où la confiance se négocie sans mots.
Quand la Nature Devient Une Langue
Les 10 km de Charlevoix ne se ressentent pas comme une distance. Ils se ressentent comme une séquence de micro-moments. La manière dont les feuilles s’agitent selon la direction du vent. La façon dont les ombres s’allongent à mesure que l’heure avance. C’est ce genre de détails qui te reconnectent à quelque chose de plus grand que toi — un genre de langage qu’on oublie quand on est constamment connecté à un écran.
Je pense souvent à cette randonnée quand je lis l’article sur les 7 étapes pour voyager seul·e en Gaspésie. 7 Étapes pour Voyager Seule en Gaspésie rappelle que le seul·e voyageur·e apprend à décoder les signaux de la nature, mais Charlevoix m’a appris que parfois, les mots ne sont pas nécessaires.
Le Retour au Calme avec 3 Écureuils
Quand je suis revenue à l’auto, j’ai compté trois écureuils. Deux sur un arbre, un sur mon sac à dos. Ils ne sont pas partis quand j’ai fait jouer la clé de contact. Ce n’était pas de la peur, c’était une curiosité qui s’était transformée en complicité.
Charlevoix m’a redonné cette certitude : on n’a pas besoin de Wi-Fi, de guides, ni de listes de checklists pour trouver la sérénité. Il suffit d’un sentier, de silence, et parfois, de trois écureuils qui veulent juste te dire bonjour. Tu as déjà vécu un moment comme ça, où la nature a parlé sans un seul mot? Raconte-moi.
— Victoria Hales, exploratrice et voyageuse — Point Horizon

