10 km de Fjord à Saguenay : Comment J’ai Paddlé en Solo et Repartis Avec 3 Heures de Sérénité Et Une Rencontre Inattendue

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Le clap des rames sur l’eau se mélangeait au cri des goélands, mais ce qui me fit vraiment arrêter, ce fut la forme grise qui émergea soudain du fjord. Un phoque, immobile, me fixait depuis une roche. J’ai oublié de respirer. Trois heures plus tard, je comprenais pourquoi ce trajet de 10 km en solo dans le Saguenay n’est pas qu’un simple itinéraire. C’était une leçon de connexion — à la nature, à soi, et parfois, à une créature qui te surprend quand tu t’y attends le moins. Si tu veux vivre ça, voici ce que je n’aurais jamais anticipé.

Le silence qui parle

Le Saguenay, avec ses falaises de calcaire qui dominent l’eau, est un de ces endroits où le vent semble avoir une voix. Je m’étais levée tôt pour éviter les groupes d’excursionnistes, et la pagaie entre les doigts, je n’avais qu’une idée : me laisser guider par les vagues. Dès les premiers kilomètres, le bruit de la ville, de la musique des casques, des sirènes de Montréal s’évaporait. À la place, il y avait le frisson de l’eau qui se brise sous la coque en mousse de mon kayak, le cliquetis des bernaches qui s’ébattaient sur les rochers, et parfois, le sifflement d’un cormoran.

Je n’ai pas compté les vagues. J’évitais de le faire. L’idée était de laisser le mouvement se répéter, comme un mantra, jusqu’à ce que l’horloge intérieure se synchronise avec la marée. Le 10e kilomètre est arrivé sans que je m’en rende compte. Je me suis soudain rendu compte que j’étais seule, vraiment seule — pas comme une solitude pesante, mais comme si le fjord avait avalé toute monagritude.

L’invité de la marée

À la moitié du parcours, j’ai vu le premier phoque. Il flottait juste en face de moi, le museau émergeant, des yeux noirs qui me scrutaient. Je ne bougeais pas. Je ne voulais pas qu’il s’enfuit. Trois autres sont apparus peu à peu, comme s’ils sortaient d’un même trou de l’eau. Ils formaient un cercle silencieux autour de ma pagaie, curieux mais distants. Un d’eux s’est rapproché, puis a replongé, m’offrant une vue sous-marine de son passage — sa queue qui se balançait, des bulles qui montaient vers la surface.

C’était l’inverse de ce que j’imaginais quand j’avais choisi ce trajet : pas une aventure de survie, mais une communion. Les phoques, les bernaches, les éclats de lumière sur les falaises — tout semblait être là pour me dire : « Tu n’es pas perdue. Tu es juste partie. »

Comment ne pas se perdre

Les 10 km du Saguenay ne demandent pas de compétence professionnelle, mais une préparation simple. Un plan : vérifie les horaires des marées. L’eau peut être fluide ou bouillonnante selon les flux. Un équipement : un kayak stable, des rames légères, une gourde chaude. Une humeur : laisse-toi aller à la découverte.

Je t’invite à éviter une erreur que j’ai faite : partir tôt le matin avec la peur de finir en soirée. Le fjord est vaste, mais il n’est pas infini. Prends ton temps. Arrête-toi pour admirer un banc de poissons argentés qui sautent à la surface, ou pour entendre un grondement lointain — peut-être un bateau, peut-être le vent. Et si tu veux vraiment t’émerveiller, pague en solo. Personne ne te dira quand c’est « trop long », ni quand il faut « accélérer ».

Le fjord, un miroir

Quand je suis remontée dans mon kayak, j’avais un sac plus léger, le teint un peu plus bronzé, et surtout, l’impression de m’être rapprochée de quelque chose que je ne comprends pas encore. Ce sont ces moments-là, quand tu es seul·le mais connecté·e, que les questions importantes émergent. Est-ce que je suis trop tendue dans ma vie d’habitude? Est-ce que je fais trop de bruit, même quand je suis calme?

Le Saguenay ne répond pas. Il observe. Et comme les phoques, il te laisse respirer.

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— Victoria Hales, exploratrice et voyageuse — Point Horizon

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