Le rameau s’enfonçait dans l’eau noire avec un bruit mat, presque feutré. Je n’étais pas habituée à ce silence-là, celui qui n’était pas percé par les cris des oiseaux ou les clapotis de la rivière. C’était une quiétude qui m’envahissait les poumons, jusqu’à ce que mon pied entre en contact avec un rocher sous la surface. Trois heures plus tard, je comprendrais que ce fut la première fois que je m’étais réellement écoutée, sans les bruits du quotidien, sans les mots des autres. Si tu veux t’offrir un moment de respiration pareil, voici comment le fjord du Saguenay devient une bouffée d’air pour l’âme.
L’approche du fjord : entre défi et douceur
J’avais choisi l’option des trois heures, l’une des rares à inclure un départ en kayak de mer dans le fjord. Le point de rencontre était un quai en bois, flanqué de pancartes rustiques vantant les « excursions guidées ». L’équipement était fourni, mais l’essentiel n’était pas là : c’était la sensation de pénétrer un espace où la nature domine, où les falaises vertigineuses dominent les eaux sombres. À un moment, j’ai pensé à une amie, Camille Lavoie, qui m’avait parlé d’un sentier proche du fjord. Mais ce n’était pas ça. Ici, l’air même avait une densité différente, comme si chaque inspiration chargeait mon corps de quelque chose de plus profond.
Le corps qui s’éveille, le mental qui s’allège
Pagayer dans cette eau noire exige un rythme, un respect du courant. Ce n’était pas une promenade sur un lac : chaque mouvement comptait, chaque rame demandait une attention totale. Au bout d’une demi-heure, mes épaules brûlaient, mais c’était une douleur étrangement rafraîchissante. Le bruit de mes rames devenait une musique, amplifié par le vide sonore autour. Je me souviens d’un moment où un éclair de soleil a traversé les nuages, illuminant la surface de l’eau. C’était comme une réponse silencieuse à un appel que je n’avais même pas formulé.
La fatigue physique devenait une catharsis. Plus je me concentrais sur les mouvements, moins les pensées parasites de la vie de tous les jours revenaient. Le fjord, avec ses parois abruptes et son silence, agissait comme une valve. C’était un rappel : je n’étais pas obligée de tout porter avec moi.
Le test de la météo : un moment de fragilité
Vers la fin, le vent s’est levé. Une bourrasque soudaine m’a fait dériver légèrement, et j’ai dû me ressaisir. Le guide, qui naviguait à distance, ne disait rien. C’était à moi de gérer. Ce moment, si court, m’a rappelé que l’isolement, en plein air, n’est pas synonyme de vulnérabilité. C’était un espace pour tester mes limites, pour apprendre que je pouvais m’adapter, sans paniquer. Et puis, le calme est revenu. Je me suis mise à sourire, émerveillée de cette petite victoire.
Retour au quai : un élan de liberté
Lorsque j’ai posé le rameau sur le quai, une étrange légèreté m’habitait. Mon esprit, qui passait habituellement en revue les tâches, les messages à répondre, était étrangement vide. J’ai marché jusqu’à la voiture en silence, profitant de l’air froid sur mes joues. Le fjord n’était plus seulement un endroit : c’était une parenthèse, un rappel que parfois, la liberté réside dans le fait de s’arrêter, de respirer, et de laisser le reste s’écouler.
Si tu as déjà ressenti cette tension entre l’envie d’aventure et le besoin de calme, le fjord du Sagueny est peut-être l’endroit où tu devrais t’offrir un temps de pause. Tu n’as pas besoin d’être un expert en kayak : c’est l’expérience du silence, du mouvement, et de la connexion avec ton corps qui compte. Et peut-être que, comme moi, tu sortiras de ces trois heures en te sentant plus ancré·e que jamais.
Quel est ton souvenir le plus marquant d’un moment seul·e en pleine nature? Partage-le dans les commentaires, je serais curieuse d’en apprendre davantage.
— Victoria Hales, exploratrice et voyageuse — Point Horizon

