Un soir de silence, un amour en réparation

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La dernière fois que j’ai réparé la pataugeoire de Théo, c’était en silence. Un boulon s’était coincé, lui avait éclaté dans les mains, et là, c’était à moi de dépanner. Il me regardait, les yeux écarquillés, comme s’il attendait un miracle. Moi, je n’ai rien dit. Juste ajusté la clé anglaise, fait tourner la vis avec lenteur, comme si chaque mouvement était une réponse.

C’était une de ces scènes où les mots n’ont pas de place. Les pères québécois, on a appris à parler sans parler. Le hockey, le bricolage, la cour arrière… C’est notre langue secrète.

Le hockey, un langage sans paroles

Tu me diras que le hockey, c’est une religion ici. Mais pour moi, c’est aussi une leçon de silence. Quand Théo a appris à patiner, j’étais là, derrière lui, sans lui dire de se tenir droit. J’attrapais les boules de neige qu’il lançait à Léa en rigolant, sans lui rappeler de ne pas salir ses vêtements.

Un soir, il est venu me voir avec son casque cabossé, fier de lui. « Papa, j’ai fait un but ! » Moi, j’ai juste souri, posé ma main sur sa tête, et continué de réparer le piquet de la cage de jardin. Pas besoin de mots quand les gestes racontent l’essentiel.

Les puzzles de Léa, leçons de patience silencieuse

Avec Léa, c’est différent. Elle a cette manière de poser des questions sans fin sur le ciel ou les nuages. Hier, elle s’acharnait sur un puzzle de dinosaures. Moi, j’étais là, à côté, à fixer le mur d’un côté, à attendre qu’elle comprenne toute seule où aller les pièces.

Je sais, c’est dur de ne pas intervenir. Mais quand elle l’a fini, elle a levé les yeux vers moi, toute fière. J’ai hoché la tête, elle m’a souri, et on a continué de ranger le salon. Aucun « tu es trop forte » de ma part. Parfois, le silence est une louange.

Les silences après les coups de colère

On n’est pas des saints, Jade et moi. Théo a un tempérament de feu, et Léa aussi, parfois. Un soir, il a jeté son dîner par terre, en criant parce qu’il voulait pas d’un légume. Je l’ai laissé s’exprimer. Jade a levé les yeux au ciel. Et puis… on est allé tous les trois s’asseoir à la cuisine. Moi, j’ai sorti des crackers et du fromage. Personne ne parlait. Juste la télé, un sitcom, et le silence qui rapprochait.

Les enfants, ils sentent quand le cœur s’apaise. Même sans mots.

Apprendre de celui d’en avant

Mon père n’était pas un homme de beaucoup de paroles. Il était charpentier, et à la maison, c’était pareil. La cour arrière, les outils, l’odeur de la sciure… Je lui ai demandé une fois pourquoi il ne me disait jamais qu’il était fier de moi. Il m’a regardé, a posé sa main sur mon épaule, et a continué de clouer. J’ai compris.

Aujourd’hui, je vois en lui un maître. Parce que je sais que les silences forts, c’est une forme de courage. Le genre de courage qu’on ne voit que si on y prête attention.

Comment on montre l’amour, sans le dire ?

Alors, qu’est-ce que vous faites, vous autres, pour montrer à vos enfants que vous êtes là ? Un câlin après une longue journée ? Un souper partagé en silence ? Ou une autre langue que les mots ?

Parlez-nous de vos silences, on en apprendra tous. Peut-être que les mots n’ont pas de place, mais les gestes… ils restent pour toujours.

P.S. Si vous avez aimé ces silences forts, allez lire C’est une langue qu’on apprend, sur les moments où les parents québécois parlent sans parler.

— Oliver Hales, papa et bricoleur – Point Héritage

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