La première fois que j’ai tenu une carte blanche entre mes doigts, c’était sur le bord de l’océan, à l’heure où le soleil se couchait dans une bouche d’or fondu. Le papier rêche entre mes paumes, le vent qui jouait avec mes cheveux comme un chat en colère, et cette voix rauque qui disait : « On laisse les traces ici, pas les cartes. » Élise, toujours provocante, me lançait un défi que je n’avais pas le cœur de refuser. Et puis, le lendemain, on s’est perdues dans des fjords si bleus qu’on aurait juré que le ciel avait déversé ses larmes dans les rochers.
Écrire la route sans guide
À l’été 2024, avec Élise, on a pris le risque de ne pas suivre les sentiers balisés. On s’est laissé guider par les reliefs, les éclats de minéraux dans la pierre, et les odeurs de terre mouillée après la pluie. J’avais l’impression que la montagne nous répondait, qu’elle nous disait : « Tirez fort, mais ne me brisez pas. » On a dormi dans des grottes dont les parois racontaient des histoires d’éclairs et de volcans. Le silence n’était pas pesant, il était comme un tapis de laine sur les épaules.
Un jour, on a trouvé une carte vieille de cinquante ans, toute recouverte de taches d’encre et de taches de sang. Élise a ri en pointant un nom rayé : « Regarde, ici, c’était notre itinéraire. Maintenant, c’est une étoile. » On a ri, mais surtout on a ressenti cette drôle de communion avec ceux qui, avant nous, avaient osé ne pas se fier aux lignes.
Le tracé de l’amie d’enfance
Entre le paysage et la psyché
Le voyage, c’est une manière de dessiner un monde intérieur. Je me souviens du moment où j’ai vu mon reflet dans un lac gelé, en Islande. Le visage était flou, mais les contours de mes épaules, de mes mains, semblaient si réels. J’étais seule, mais pas seule. Je me suis sentie comme une page blanche, prête à être remplie. C’était une étrange puissance — être à la fois fragile et immense.
Souvent, les gens croient que la carte blanche est un vide à combler, mais moi, je crois que c’est une invitation à jouer. J’ai lu L’île où le temps s’arrête, et j’ai pensé à ce que Camille m’avait dit un soir : « Quand on voyage avec des amies, on n’a pas besoin de carte. On se repère par le rire. »
Écrire son propre itinéraire
Chaque voyage est une histoire de lignes tracées ou non tracées. La carte blanche, c’est cette liberté de dessiner sans modèle, de tomber dans les rivières, de se perdre pour finalement trouver un autre genre de vérité. Et puis, il y a les amis, qui deviennent des repères naturels, des points cardinaux qui ne vous abandonnent pas.
Peut-être qu’un jour, vous tiendrez une carte blanche entre vos doigts, et vous vous demanderez d’où viennent les taches. Peut-être que vous y lirez votre propre histoire, celle que vous n’aviez jamais osé dessiner. Alors, qu’est-ce que vous écririez ?
— Victoria Hales, exploratrice et voyageuse — Point Horizon

