Le Livre des Cœurs : Comment les Pères Québécois Écrivent leur Histoire avec leurs Enfants

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Le mien, c’est un cahier à couverture rigide que j’ai ramassé dans une brocante, histoire de donner une allure « littéraire » à l’affaire. Sauf que Theo, à quatre ans à l’époque, a voulu y dessiner un truc qui ressemblait à un chat, mais en réalité, c’était juste un ovale avec trois points. Lea, deux ans plus tard, a ajouté une couche de confettis bleus. Bref, le Livre des Cœurs ressemble plutôt à une œuvre d’art de maïs. Mais qu’est-ce qu’on s’en fout, c’est notre truc. Et comme dit Victoria, qui me le fait remarquer chaque fois qu’elle vient en visite, « C’est pas parfait, mais c’est charmant. »

Le Journal de Taches : La Vérité Sans Filtre

Je l’ai commencé un soir de désespoir. Theo venait de faire tomber la sauce tomate sur le tapis persan et je me demandais si j’allais survivre à la maternité inversée. Pour me calmer, j’ai ouvert le cahier et j’ai écrit : Aujourd’hui, Theo m’a dit il m’aime plus que le fromage. Je lui ai répondu qu’il pouvait au moins dire « plus que les céréales au lait ». Lui : « Pis les céréales au lait, c’est pas sain. » Moi : « Ben là, t’es en mode parent, c’est flippant. »

C’est devenu une habitude. Je note les trucs bizarres, les répliques d’enfants, les souvenirs uniques. Comme cette fois où Theo a cru que les étoiles étaient des lanternes du Réveillon. « Elles brillent comme celles de Jade, mais les étoiles, c’est plus loin. » Pis le lendemain, il m’a demandé si on pouvait acheter des étoiles au magasin. Je lui ai dit qu’il fallait plutôt acheter des caramels, mais il a insisté. « Non, des étoiles, c’est pour les souvenirs. » C’est quand Victoria est entrée dans la cuisine, a lu le journal à la lumière du café, pis m’a dit : « Tu vois, c’est ça l’histoire : des souvenirs qu’on veut garder même s’ils sont un peu débiles. »

Les Livres Qu’on Lis Ensemble : Une Histoire en Devenir

On fait les lectures du soir comme des théâtres à domicile. Theo, qui déteste le temps de lecture , finit par accepter quand je lui dis : « Pis si on invente une histoire ensemble ? » Là, le voilà qui me lance des idées de dragons avec des lunettes, ou des princesses qui jouent au hockey. Lea, elle, adore les récits avec des animaux — « Pis le loup, il a des bottes ? » — et elle me demande toujours de répéter la partie où le ours se perd dans les toilettes .

Les Petits Cadeaux de l’Amour : Des Cœurs dans le Quotidien

C’est Thomas, mon collègue, qui m’a donné cette idée. Un jour, il m’a offert une assiette en forme de cœur avec des cœurs gravés dedans. « Pour Theo et Lea. Pis pour toi. Quand t’as des enfants, t’as besoin de rappels visuels de l’amour. » Je l’ai utilisée pour leur souper un soir de semaine — Theo a cru que c’était un piége, qu’elle allait s’enflammer ou quelque chose. « Pis Lea, elle mange dans la forme d’un cœur ? » « Ben oui, c’est le dîner amoureux. »

De là, j’ai commencé à glisser des notes dans leurs cartables : « Aujourd’hui, tu es un super-héros. Vérifie ton pyjama pour les pouvoirs. » Ou dans les tiroirs de leur chambre : « Ta mère dit que tu es trop mignon, mais c’est vrai. » Lea me répond parfois avec des dessins de cœurs avec des dents, Theo écrit des lettres avec des fautes, mais des tonnes d’exclamation.

Écrire l’Histoire avec des Mots, des Rires, et des Confettis

Le Livre des Cœurs n’est pas un chef-d’œuvre. Il n’a pas de chapitres bien ordonnés, de conclusion finale, de fin. C’est une collection de moments, de souvenirs, de « tiens, on pourrait faire un dessin ici » et de « pourquoi est-ce que je suis là-dedans, papa ? ». Et pourtant, c’est ça, l’histoire. Pas celle qu’on raconte, mais celle qu’on vit, avec des mots parfois, des rires parfois, et des cœurs gravés dans des assiettes.

Parce que finalement, les enfants, c’est comme une maison : on la construit avec des planches, des clous, et parfois, un chat qui ronge les câbles. On espère que les murs tiennent, que les portes s’ouvrent, et que les murs des chambres résonnent avec leur voix. Le reste, c’est juste du temps. Alors on note, on dessine, on lit, et on espère que demain, les étoiles seront toujours là, même si on ne peut pas les acheter.

Et si vous demandez à Theo comment je m’appelle dans le livre, il vous répondra : « Le papa des cœurs. » Simple, mais efficace.

— Oliver Hales, papa et bricoleur – Point Héritage

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