Ce matin, je me suis levée avant l’aube. La température était clémente, à peine à zéro, et le sol, recouvert d’un voile de neige récente, semblait respirer sous mes bottes. La forêt près de chez moi, ce lieu où je viens depuis l’enfance, avait cette énergie particulière — celle qui te demande, discrètement, de t’arrêter. J’ai inspiré à pleins poumons, laissant l’air froid pénétrer mes poumons, puis j’ai posé mes mains sur la terre gelée, sentant une étrange douceur sous mes gants. Ce genre de moment, si simple, me rappelle toujours qu’il n’y a pas de pilule, pas de mantra, pas de rituel complexe pour retrouver l’équilibre : parfois, il suffit de s’ancrer dans ce que la nature québécoise a de plus solide.
Pourquoi la nature québécoise est une alliée inattendue
Nous vivons dans un pays où le silence des forêts et le rythme des saisons sont si présents qu’on en oublie leur pouvoir. Les cimes des sapins qui touchent le ciel, les racines des érables qui s’enfoncent profondément dans le sol — c’est un parallèle évident à la danse du bien-être : se laisser pousser vers le haut tout en restant ancré. En naturopathie, on parle souvent des cycles, de l’énergie qui va du visible à l’invisible. Ici, en marchant dans cette forêt, je sens que c’est concret. L’humidité, le vent, la lumière qui filtre entre les branches… tout devient une sorte de guide, une invitation à écouter notre propre respiration.
Une pratique : le yoga d’extérieur en harmonie avec les éléments
Je n’ai jamais été adepte des studios chauffés à 25 degrés. Depuis plusieurs années, je pratique mon yoga dans des endroits qui ne m’appartiennent pas — sous les arbres, près des rivières, parfois même sur le bord de la route . Le matin, je m’installe sur un tapis de yoga noir, qui capte la chaleur du soleil encore timide. Je commence par une série de postures douces, comme le Tadasana , en me laissant guidée par la lumière qui danse sur les branches au-dessus de moi. Lors d’une respiration, je tends les bras vers le ciel, imitant ces sapins qui s’élancent. Lors d’une expiration, je me plie en avant, touchant mes orteils comme les racines cherchent le sol.
Mais le yoga en extérieur, c’est aussi l’art de s’adapter. Si le vent siffle, je m’en sers comme d’un mantra répétitif. Si la neige tombe, je laisse mes gestes ralentir, comme si mes mouvements devaient suivre le rythme des flocons. C’est une manière de ne pas lutter, mais de danser avec ce qui est. Et, crois-moi, il n’y a rien de plus libérateur que de sentir le sol québécois sous tes pieds pendant que tu t’étires.
Aller plus loin : les saisons, alliées invisibles
Il n’y a pas une façon de pratiquer : l’hiver a sa beauté, l’été sa richesse. J’ai appris à ne pas fuir les éléments, mais à les intégrer. En automne, la forêt devient un tapis multicolore, et chaque pas est un rappel à la gratitude. En hiver, la résistance du froid force une concentration différente, presque méditative. Victoria m’a un jour raconté comment, en montagne, elle a vu un cerf briser la glace pour boire. « Il y a une leçon là-dedans », m’a-t-elle dit. Depuis, chaque fois que je glisse sur la neige ou que je dois dégager mon tapis de givre, je me dis : c’est aussi une forme de pratique.
Et si tu n’es pas prêt à t’engager dans une séance complète ? Essaie simplement de t’asseoir cinq minutes sur un banc dans un parc, les yeux fermés. Sens le vent sur tes joues. Écoute le bruit des branches. C’est un début, et il n’y a pas de « mauvais » moment pour ça.
Un geste quotidien : ramasser un objet, laisser un souffle
Hier, en revenant d’une séance de yoga à l’extérieur, j’ai trouvé un morceau de plastique coincé sous un rocher. J’ai mis mon gant et je l’ai ramassé. C’est peut-être futile, mais ce geste a fait vibrer un lien que je n’explique pas. Peut-être est-ce l’héritage de mes parents, ou peut-être est-ce simplement le respect de ce qui me nourrit. Peu importe : je te propose de tenter une chose similaire. Demain, avant de partir, ramasse quelque chose qui ne devrait pas être là. Et respire un coup, juste après — pour toi, pour le sol, pour cette forêt québécoise qui, sans crier, t’offre toujours un toit.
Pour en savoir plus sur l’équilibre entre le yoga et les traditions naturelles québécoises, tu peux lire Équilibre en Rhythmie: Où le yoga rencontre les saveurs québécoises.
Et toi, quelle serait cette chose que tu offrirais à la nature, en retour ?
— Camille Lavoie, naturopathe – Point Harmonie


